Facebook, messenger,…dans les bureaux / Patrons-employés : la guerre du tchat!

L’utilisation
des réseaux sociaux en entreprise est la nouvelle pomme de discorde
entre les patrons et les employés. Notre enquête !
«On ne peut
pas vous empêcher de vous rendre sur Facebook. Mais de grâce, fermez la
fenêtre de discussion quand vous avez du travail. Le manque de
concentration est source de déperdition, sans que vous ne vous en
rendiez compte. Si les chiffres d’affaires ne sont pas bons, nous serons
obligés de vous congédier». La voix grave et le regard sévère, Alain K.
responsable d’une entreprise de la place met en garde ses
collaborateurs. L’employeur a adressé ces reproches au cours d’une
réunion de service. Il n’est pas isolé dans sa colère. De plus en plus,
des chefs de service se plaignent de la pratique. Les travailleurs
abandonnent le travail pour tchatcher sur le net à travers les réseaux
sociaux comme Facebook, Twitter, Hi5, ou des sites de rencontres tels
que drague.net, 123love.net et autres. Pourquoi les salariés sont-ils
régulièrement connectés sur ces réseaux ? La conscience professionnelle
s’est-elle volatilisée ? Pour en avoir le cœur net, nous avons effectué
des visites dans environ une demi-douzaine de bureaux tant dans le privé
que dans le public, dans la seule journée de jeudi dernier. Dans le
secteur public, les fonctionnaires avec qui nous avons échangé ne
manquent pas d’arguments. Ils évoquent une raison professionnelle. Pour
ce qui est du privé, certains agents avancent même qu’ils utilisent les
réseaux sociaux pour un échange d’expériences avec des travailleurs de
leur secteur d’activité vivant dans les autres pays. Ce qui, à les
entendre, contribuerait à accroître le chiffre d’affaires de
l’entreprise. Quelques uns, par contre, ignorent tout de ces moyens de
communication. Pendant que d’autres prétendent n’y aller que pendant les
temps morts, histoire de déstresser…«Ce temps perdu sur internet est un
véritable problème pour nous. Et nos employés sont difficilement
contrôlables. Dès que vous entrez dans le bureau, ils ferment aussitôt
les fenêtres de discussion. Nous examinons le problème en collaboration
avec le gestionnaire et le directeur des affaires financières pour voir
s’il faut arrêter des mesures», se dit résolu un directeur d’une
entreprise de poterie à Marcory. Un coordonnateur de service au
ministère de l’Emploi, qui a requis l’anonymat, dit vivre une autre
expérience du boom des réseaux sociaux. Pour lui, il n’est pas question
de sanctions. Néanmoins, le coordonnateur de service reconnaît que ces
outils peuvent nuire. Surtout qu’ils ne font pas partie du cahier de
charges. «Nous ne tenons pas rigueur à ceux des nôtres qui utilisent les
réseaux sociaux au travail. On y retrouve toutes les informations en
peu de temps.» La question est sérieuse. Mais aussi cocasse. C’est que
des employés se plaignent eux aussi des patrons qui les privent de
causeries sur internet. Pamela O., conseillère dans une ambassade
africaine, est une inconditionnelle de Facebook. Dans le jargon, on dira
que la demoiselle a un indice «klout» élevé. Cet indice est censé
indiquer l’influence d’un utilisateur sur le réseau social. Il se mesure
par le nombre d’amis, d’abonnés ou encore de commentaires sous les
publications de cet utilisateur. Et tenez-vous bien, la conseillère
comptabilise à elle seule plus de 100 mentions par jour. Elle publie en
général des photos ou des vidéos. Depuis un mois, elle ne décolère pas
contre la nouvelle décision de ses chefs. Eh oui ! L’accès aux réseaux
sociaux est purement et simplement désactivé des ordinateurs sur son
lieu de travail. Pour naviguer sur internet, il ne lui reste plus que
les sites de recherches. Selon Yves T., informaticien, c’est l’option
dont dispose techniquement les patrons pour faire plier les
récalcitrants. Et la pilule passe difficilement auprès des travailleurs.
Traoré Dohia Mamadou, secrétaire général de la Fédération des syndicats
libres et autonomes de Côte d’Ivoire (Fesaci) estime que le monde étant
un village planétaire, les patrons ne devraient pas censurer la
fréquentation des réseaux sociaux. Il préconise qu’avant de blâmer le
travailleur, il faut apporter la preuve de ce que son activisme sur le
réseau social est à la base des mauvais chiffres. Kouamé Kouassi,
directeur des ressources humaines dans une entreprise de la place, quant
à lui, observe les choses sous un autre angle. Il conseille aux
employés d’éviter les réseaux sociaux aux heures de travail. «Il est
proscrit qu’un travailleur passe plus de temps sur internet. Son employé
peut lui tenir rigueur pour ce fait. Les entreprises mettent l’internet
à la disposition de leurs travailleurs pour faciliter les recherches et
non pour qu’ils se divertissent», développe le spécialiste. Malgré
tout, il constate que la législation du travail est muette sur la
question. «Il n’y a pas d’interdiction formelle. La loi n’a rien prévu
parce que l’internet en entreprise est un fait nouveau. Cependant, on
peut y tendre car le droit du travail est mouvant.» En attendant, on
assiste à un jeu de cache-cache dans les bureaux. Les patrons font la
police comme ils peuvent. Et les travailleurs, eux, tchatchent sur le
net… en catimini. Gare à celui qui se laissera prendre!
Ecrit par Nesmon De Laure
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